Le Télégramme – Breizh Civic Lab. Ces Bretons qui veulent raviver la démocratie

Ronan Kerleo, Stéphane Péan et Patrice Gautier sont trois des quatre créateurs de Breizh Civic Lab. (Philippe Créhange/Le Télégramme)

Face au déficit de démocratie à l’échelle régionale, quatre Bretons qui se sont connus sur le réseau social BZH Network passent aux travaux pratiques. Leur objectif : l’Assemblée de Bretagne, Loire-Atlantique comprise.

Faire revivre le débat et la démocratie dans une Bretagne étouffée par un carcan étatique laissant trop peu de place aux régions. Voilà le grand objectif de ces Mousquetaires qui, comme dans le célèbre livre, sont quatre : le Malouin Stéphane Péan, acteur de l’innovation européenne ; le Brestois Ronan Kerleo, ingénieur dans l’aménagement urbain ; le Dinanais Patrice Gautier, vétérinaire et maire d’Evran (22) ; et le Nantais Florent-Yann Lardic, également actif dans l’aménagement urbain et ex-collaborateur au cabinet de Jean-Marc Ayrault. Point commun de ces quatre Bretons : ils sont tous membres du réseau social BZH Network, créé voilà dix ans par Stéphane Péan et qui réunit plusieurs milliers d’expatriés au cœur Gwenn ha du. Un espace d’expression qu’ils prolongent aujourd’hui avec la création du portail Breizh Civic Lab, mis en ligne ce vendredi.

« Le déclic a été la création en Allemagne de l’European Democracy Lab. On a trouvé ça intéressant, en particulier sur la forme, pour impliquer les citoyens dans les débats et en y associant des universitaires » explique Stéphane Péan, président de la toute nouvelle association. Leur objectif : redonner de la vitalité aux débats dans la région « en arrêtant d’opposer métropoles et ruralité, est et ouest », souligne Patrice Gautier. Et avec pour postulat la Bretagne historique et ses cinq départements. « Nous mettons en avant une Bretagne civique et républicaine. Ce n’est pas du régionalisme ruraliste », précise Stéphane Péan. « On veut montrer que tout est lié, que Rennes et Nantes par exemple servent la vitalité des autres villes. » Car ils ne veulent pas se coller l’image d’urbains bobos de métropoles. « Urbain, ça veut dire toutes les centralités. Une commune de 1 800 habitants, c’est une centralité pour celles qui l’entourent », insiste Patrice Gautier.

Avec ce nouvel espace de débat – un « do tank » comme « faire » plutôt qu’un « think tank » comme penser – ces citoyens veulent répondre au déficit de démocratie à l’échelle régionale. Une façon de répondre finalement aussi à la crise des gilets jaunes, même si leur réflexion est née voilà plusieurs mois. « Aucun parti politique ne s’inscrit dans cette démarche avec notre grille de lecture. On l’a bien vu avec le débat sur la réunification en Loire Atlantique où on le résume à des enjeux culturels. Il y a des enjeux bien plus larges. Qu’est-ce qui fait qu’on se sent Breton ? Ce n’est pas uniquement la culture », analyse Ronan Kerleo.

Breizh Civic Lab ne veut toutefois pas se focaliser sur l’action. Le groupe va s’entourer au fil des mois d’intellectuels et de chercheurs pour s’appuyer sur des éléments tangibles. Le politologue rennais Romain Pasquier ou le Basque Igor Calzada, spécialiste de la régionalisation politique, vont apporter leurs connaissances et leurs ressources. D’autres universitaires suivront. Mais pas question pour l’organisation d’être un nouveau parti politique. En revanche, le Breizh Civic Lab va orienter ses actions et ses réflexions vers un modèle qui lui paraît adapté : une assemblée de Bretagne, avec un pouvoir exécutif et un pouvoir législatif. Vont-ils entrer en concurrence avec le « Breizh Lab » de Jean-Yves Le Drian, avec ses progressistes bretons ? « Sa démarche est politiquement trop portée. Il n’est pas dans une démarche citoyenne », répond Patrice Gautier.

La Bretagne, laboratoire de la France
Objectif désormais du quatuor : attirer le maximum de membres. La gratuité de l’adhésion devrait leur faciliter la tâche, même s’ils comptent à terme lancer un appel aux dons. « On n’est pas là pour cannibaliser les mouvements bretons. Nous, on veut attirer tous ceux qui délaissent aujourd’hui la vie démocratique », conclut Stéphane Péan. « La Bretagne peut être le laboratoire civique et d’aménagement du territoire de la France demain. La culture du débat y est plus forte, le partage des richesses plus naturel », veut croire Florent-Yann Lardic.

Source: Le Télégramme, par Philippe Créhange, le 21 Décembre 2018

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