Interview. Erwan Dagorne, expert en participation citoyenne

La société évolue et se transforme, la politique aussi. Les citoyens souhaitent s’investir dans le débat public et délibérer sur les grands enjeux de notre temps. Les méthodes et techniques de participation citoyenne sont matures et déjà utilisées partout dans le monde. La Bretagne engage un grand débat sur son avenir institutionnel, la mobilisation des expertises dans ce domaine sera cruciale.

Breizh Civic Lab : Breton d’origine, vous êtes un expert en participation citoyenne au cabinet Missions Publiques. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre activité et vos échelles d’intervention ?

Erwan Dagorne: Nous sommes un cabinet spécialisé dans la fabrique participative des politiques publiques. Nous amenons un cadre de travail, de dialogue, qui permet de mettre en œuvre une gouvernance permettant la participation de citoyen.ne.s non-spécialistes. Nous faisons le pari de la présomption de compétence de toutes et tous. Nous avons tous des choses à dire sur la société et ce que nous voulons collectivement pour notre avenir.
Cette ouverture amène de la diversité dans les expertises, en complément de celles de spécialistes et décideurs. Cela permet d’intégrer davantage la diversité des avis, des vécus et des parcours et que les réponses apportées tiennent compte de cette diversité.

Nous faisons le pari de la présomption de compétence de toutes et tous. Nous avons tous des choses à dire sur la société et ce que nous voulons collectivement pour notre avenir

Erwan Dagorne, Missions Publiques

Sur la question des échelles d’intervention, nous intervenons dans des territoires correspondant à un bassin de vie, dans des départements, des régions mais aussi à l’échelle nationale, ou encore européenne et mondiale.
Un dialogue citoyen qui se déroule dans 76 pays et mobilise 10.000 personnes pendant une journée, comme ce fut le cas du World Wide Views sur le climat et l’énergie, peut paraître très différent d’un atelier qui réunit 30 personnes dans une petite commune pendant trois heures. Il l’est du point de vue de l’organisation mais du point de vue d’un participant, de ce qu’il va vivre pendant l’événement, cela ne semble pas nécessairement si différent. Dans tous les cas nous veillons à proposer un cadre où chacun pourra entendre les avis des autres participants, recevra si c’est utile des informations mettant en avant les différents points de vue, et aura un cadre rassurant pour pouvoir s’exprimer (notamment en nous concentrant sur des discussions en groupe réduits de 5 à 8 personnes) et construire avec les autres participants des constats et des propositions.

Nous disposons d’une boite à outils de méthodes que nous adaptons à chaque démarche et en fonction du contexte et des objectifs poursuivis. Quelle que soit l’échelle, la finalité est de décider autrement, de mettre en œuvre une gouvernance élargie pour mieux prendre en compte la diversité. Dans le cadre d’un projet international tel que le World Wide Views cela permettait par exemple de souligner, du point de vue des citoyens, quelles sont les conditions pour agir contre le changement climatique et que ces conditions sont différentes d’un pays ou d’un continent à l’autre. Dans un projet local, par exemple sur l’aménagement du territoire, la participation permettra de prendre en compte la diversité des besoins, des usages, des temps de vie de la population et de construire un projet ancré dans la réalité du territoire.

Afin de répondre à la crise des Gilets Jaunes, le Gouvernement a lancé le Grand débat national. Vous étiez un des deux prestataires pour animer les Conférences citoyennes régionales. Etait-ce une première en France?

Erwan Dagorne: Des collectivités territoriales et des Ministères ont notamment organisé de nombreuses consultations par le passé. L’an dernier, le Haut-commissaire à la réforme des retraites a organisé 10 ateliers participatifs dont 8 à des échelles régionales, réunissant des citoyens volontaires pour réfléchir au système de retraites.

Ce qui a changé avec le Grand débat et les Conférences citoyennes régionales ce sont notamment l’échelle et la médiatisation

Erwan Dagorne, Missions publiques

Ce qui a changé avec le Grand débat et les Conférences citoyennes régionales ce sont notamment l’échelle et la médiatisation. Le grand débat a été voulu par le Président de la République et nous en avons tous entendu parler. Les conférences citoyennes régionales sont une première du point de vue de la mobilisation et de la couverture du territoire. Toutes les régions ont eu leur conférence et le processus de tirage au sort à l’échelle nationale pour un si grand nombre des participants n’avait jamais été réalisé.

Breizh Civic Lab : La Bretagne envisage un nouvel avenir institutionnel afin de répondre avec plus d’efficacité aux grands défis de notre temps. Tout d’abord, l’éternelle question du rattachement du département de la Loire-Atlantique à laquelle une pétition a rassemblé 105000 signatures pour demander une consultation démocratique. Mais aussi celle de mettre en place une collectivité unique « Assemblée de Bretagne », fusionnant la Région Bretagne et les Conseils départementaux concernés. Pensez-vous qu’il y a un terrain pour expérimenter de nouvelles méthodologies et solutions de participation citoyenne?

Erwan Dagorne: Je ne parlerais pas d’expérimentation, la participation citoyenne s’est progressivement développée au fil des dernières décennies, nous commençons à avoir beaucoup de recul sur ces pratiques. Ce qui serait nouveau, ce serait de définir de nouvelles institutions avec les habitants et de prévoir des mécanismes pour intégrer la participation citoyenne dans ces institutions. A ma connaissance, seules des initiatives en Estonie, en Islande et en Irlande ont été menées pour redéfinir avec des citoyens tirés au sort le cadre institutionnel.

Ce qui serait nouveau, ce serait de définir de nouvelles institutions avec les habitants et de prévoir des mécanismes pour intégrer la participation citoyenne dans ces institutions

Erwan Dagorne, Missions Publiques

Réfléchir à l’avenir institutionnel régional avec les citoyens serait un sujet passionnant. C’est un sujet complexe, mais il faut comprendre que le cœur d’une telle démarche n’est pas de définir telle ou telle modalité de fonctionnement. L’essence d’un tel sujet est de définir un avenir commun désiré, des valeurs partagées que les participants veulent pour leur région et qui devront être traduites dans les futures institutions. Une fois des finalités définies elles serviraient d’aiguillon pour faire évoluer les institutions. Les citoyens pourraient poursuivre le travail avec des experts, des décideurs pour définir des propositions de formes institutionnelles sur la base de l’avenir qu’ils veulent construire.


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