La réunification de la Bretagne: un enjeu civique, républicain et moderne

Le jeune think-tank breton, Breizh Civic Lab, souhaite réagir au rapport sur la réunification de la Bretagne récemment remis au président de la Région Bretagne par un groupe de travail représentatif des différents groupes politiques constituant le Conseil régional de Bretagne.

Nous saluons ce travail collectif dans la mesure où il confirme et réitère politiquement la nécessité de répondre aux aspirations démocratiques des populations, constatées encore récemment par la pétition de masse de Bretagne Réunie en Loire-Atlantique et le grand sondage TMO commandité par les organisations citoyennes Dibab – Décidez la Bretagne! et Breizh Civic Lab, financé sur la plateforme de financement participatif Kengo. Il était important pour nous de préciser ici les noms des commanditaires de ce sondage puisque nous étions les seuls à ne pas être délibérément cités dans ce rapport …

Nous remarquons que l’approche proposée par le groupe de travail se résume très largement à améliorer la visibilité de la Bretagne dans ses limites historiques. La majorité des exemples repris s’inscrivent dans des opérations de marketing collectif (Produit en Bretagne) et plutôt lié aux affaires (commerce, tourisme) ou encore de simple communication (statistiques ou panneaux).

Nous pensons que l’enjeu n’est plus tout à fait de justifier l’existence de la Bretagne historique. En effet, la plupart des opposants, favorables au statu quo administratif, acceptent l’existence d’une Bretagne historique, patrimoniale, touristique ou culturelle. Selon eux, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas besoin de réunification administrative pour exister et la preuve en est faite par les nombreux exemples souvent mis en avant par les « pro-réunification » eux-mêmes.

Partant de nos valeurs civiques, républicaines et urbaines, nous aurions aimé que les préconisations proposées s’inscrivent plus clairement dans une vision politique globale des politiques publiques et de leur gouvernance régionale, en intégrant notamment les dynamiques urbaines et métropolitaines qui concernent une grande partie de notre jeunesse. Nous pensons que les coopérations entre les grandes villes auraient pu être ainsi préconisées, notamment sur des thématiques comme l’innovation ou encore l’international. L’intégration maritime et portuaire est encore évoquée pour justifier, de manière technocratique, la réunification. Pourtant, la population n’est elle pas la première concernée ? En Loire-Atlantique, elle habite très largement dans une aire métropolitaine qui s’étend sur une très grande partie du département. Enfin, pourquoi ne pas avoir également cité les échecs de l’aéroport international de NDDL ou encore l’université Bretagne-Loire, initiatives dont la gouvernance fut compliquée et bien peu démocratique ?

En définitive, ce rapport tient plus d’un état des lieux sans la moindre remise en question relative à l’inertie actuelle et à l’absence de mobilisation politique et collective au sens large. Il semble avant tout vouloir maintenir une cohésion militante du monde culturel sur le sujet alors que les élections régionales se profilent. Sur la dernière mandature, aucune action concrète n’a été véritablement orchestrée par la Région Bretagne, contrairement à celle précédente qui avait vu se mettre en place une commission mixte Bretagne/Loire-Atlantique. Le premier vice-président, leader de ce groupe de travail, s’intitulait encore récemment « en charge de la démocratie régionale ». Ce qui n’est plus le cas dans ce rapport, redevenant simplement chargé de la « culture ».

Et pourtant, la réunification de la Bretagne concerne 4,7 millions de Bretonnes et de Bretons et non le seul mouvement culturel ou linguistique. Le conseil culturel de Bretagne, qui a été consulté, n’est pas obligatoirement représentatif de l’ensemble de la population bretonne. La seule voie possible serait pour nous de bâtir l’intérêt général républicain en mobilisant la société civile, constituée des corps intermédiaires (pourquoi le CESER n’a-t-il donc pas été sollicité?), et surtout de l’ensemble de nos concitoyens des 5 départements. Nous appelons ainsi de nos vœux des débats citoyens d’envergure avant tout projet de consultation. Des débats citoyens financés et organisés au niveau national (Grand Débat) ne pourraient ils pas l’être au niveau régional? Notre sondage TMO concluait qu’une très large majorité était favorable à un débat civique sur les questions institutionnelles de notre territoire. En l’occurrence, l’enjeu d’une Assemblée de Bretagne réunifiée n’aurait il pas du être intégré dans les préconisations de ce rapport ?

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2 réactions sur “ La réunification de la Bretagne: un enjeu civique, républicain et moderne ”

  1. boullet Réponse

    Intéressant. Cependant, Alexis Gourvennec doit se retourner dans sa tombe. Comme promouvoir l’indépendance économique de la Bretagne sans prendre en compte la richesse de son agriculture. Certes, des grands centres urbains, mais pas en desertifiant sa campagne.
    Nonobstant, continuez à faire du bon boulot !

  2. Plou-machin Réponse

    Oui à la réunification. Mais ne pas centrer sur des grands centres urbains, ou plutôt ne surtout pas vider les petits centres urbains au profits des grands.
    Les grands centres urbains sont une erreurs, pour une raison énergétique.
    Nous sommes dans une période de tension énergétique depuis 2008, date lors de laquelle le pic de production de pétrole conventionnel fût atteind. Les énergies renouvelables vont prendre de l’ampleur, mais ne pourront pas compenser, le rendement (énergétique) de cette filiaire étant moins bon que celle du pétrole. Un grand centre urbain est plus énergivore qu’un ensemble de petits centres urbains, contrairement à ce que l’on pourrait penser et à ce que l’on peut entendre. Les centres urbains ne produisent pas et doivent tout importer. Un grand centre urbain nécessite d’aller chercher plus loin qu’un petit centre urbain. Même si c’est du « local ».
    L’optimisation des déplacements au sein d’un grand centre urbain ne compense pas ce surcoût énergétique pour alimenter la grosse ville.
    Autrefois, l’accroissement de la population (= augmentation des richesses) était limité par la nourriture. Raison pour laquelle la taille des villes etait limité (pas de frigo)
    Aujourd’hui, la limite est l’énergie disponible pour alimenter nos machines de production. C’est cette même énergie qui mettra en tension les grands centres urbains à l’avenir.
    //remarque: plus d’1/3, je crois même les 2/3, des camions sur la route transportent des denrées alimentaires…//
    Aussi, l’intérêt d’un centre urbain, quelquesoit les époques,est que c’est un lieu d’échange, échange favorisé par la densité de population. A l’heure d’internet, l’intérêt du principe de grandes agglomérations n’est plus d’actualité. En revanche, l’urbanisme à petite échelle est moins énergivore qu’un grand centre urbain.
    La pandémie du covid19 ajoute une nouvelle information, est que densifier les populations dans des grands centres urbains est un risque majeur d’augmenter les risques de contamination.
    Bref, l’habitat traditionnel breton, les petits centres urbains nombreux et bien répartis (+hameaux), seront la seule reponse possible en terme d’organisation du territoire face aux enjeux à venir de rationnement énergétique (et de santé). Meme si la Bretagne pourrait être indépendante energetiquement et avec du renouvelable.
    Revoyer votre position sur les grands centres urbains, qui non seulement dénaturent l’habitat traditionnel breton, mais en plus nous rendrait fragile face à plusieurs menacent que nous réserve l’avenir.

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