Le Poher Hebdo – interview du Breizh Civic Lab

Après avoir travaillé au Japon, où il a lancé le réseau BZH Network sur le Web et animé localement l’association des Bretons à Tokyo, Stéphane Péan vit aujourd’hui à Rennes et vient de créer sa société de conseil en lien avec l’Asie. Il est surtout l’un des principaux fondateurs du Breizh Civic Lab, un cercle de réflexion qui entend favoriser l’innovation politique dans les questions régionales, particulièrement en Bretagne.

Avec l’association Dibab, il a participé à l’élaboration d’un sondage, réalisé en juillet 2019 par TMO sur les cinq départements bretons. Cette étude confirme les forts sentiments d’appartenance régionale des Bretons. Ainsi, à la question « Vous sentez-vous breton ? », 90 % des sondés en Ille-et-Vilaine et en Côtes d’Armor répondent « oui, très fortement » et « oui, un peu ». Ils sont 59 % en Loire-Atlantique, détachée de la région Bretagne depuis la Seconde Guerre mondiale. Une majorité des sondés de ce département se déclare d’ailleurs favorable à un rattachement à l’ensemble breton. De même, 64 % des sondés se déclarent favorables à ce que la Région se charge de politiques publiques gérées au niveau national. Les deux tiers des sondés expriment un désir de référendum sur les compétences que pourrait exercer une assemblée de Bretagne plus autonome.

Que nous enseigne ce sondage ?

J’ai été surpris qu’il n’y ait plus de blocages sur ces questions. Les Bretons semblent dire que, pour eux, tout est possible. Une majorité est même favorable au fait d’avoir notre propre équipe de football, comme l’Ecosse ou le pays de Galles. Le sentiment d’être breton progresse même par rapport à d’autres sondages plus anciens. C’est un contexte nouveau et les sondés semblent dire : pourquoi pas, essayons des formes politiques nouvelles. Du coup, on voit bien que les freins viennent aujourd’hui de nos représentants qui restent dans leurs habitudes …

Comment ce sentiment breton évolue-t-il ?

On sent que la population s’est décomplexée sur ces sujets. Il y a un très fort taux d’identification à l’identité bretonne et de confiance dans l’avenir de la Bretagne. On remarquera que le sentiment d’être breton est de 90 % en Ille-et-Vilaine contre « seulement » 81 % en Finistère. Cela s’explique aujourd’hui par le fait qu’une nouvelle identité bretonne, positive et moderne, est en train d’émerger, portée par le mode de vie urbain. D’où un décalage possible avec l’ouest breton. Paradoxalement, c’est bien la montée en puissance des villes qui renforce l’identité bretonne. C’est d’ailleurs au cœur de la réflexion du Breizh Civic Lab, une identité bretonne qui pourrait devenir civique comme en Ecosse.

Comment ce sentiment breton se traduit-il en termes politiques ?

Justement, nous pensons que les grilles de lecture n’ont pas été renouvelées depuis longtemps. Les partis régionalistes comme les partis hexagonaux ont très peu évolué sur ces questions. Ils restent trop souvent dans une posture symbolique superficielle, sans vouloir construire de l’innovation collective. Ils n’ont pas été capables de penser le fait urbain et le rôle des métropoles dans l’innovation, la globalisation et la nécessaire transition écologique. De plus, ils n’ont pas intégré les nouvelles approches en participation citoyenne pour que l’intelligence collective d’un territoire puisse pleinement s’exprimer. Aujourd’hui, la société civile frémit avec ce désir de Bretagne. De son côté, l’offre politique ne suit pas car elle manque avant tout d’imagination. Lors des municipales et notamment dans les grandes villes, certaines listes font des propositions intéressantes en termes d’innovation politique. Au niveau régional, la proposition de collectivité unique d’Assemblée de Bretagne fait également son chemin …

Source: Le Poher Hebdo, 4 mars 2020

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